08 février 2010

Tu as volé l'orange!

C_zanne_sainte_victoire  Pour accompagner les crêpes Suzette de la semaine dernière, je vous propose un extrait de la magnifique chanson de Gilbert Bécaud: "Tu as volé l'orange"... Pas complétement de la littérature, pour une fois, mais une très belle chanson tout de même!

(Illustration: la Ste Victoire de Paul Cézanne)

Tu as volé l'orange

Chœurs :}
Tu as volé as volé as volé l´orange du marchand {x2}

{G.B. :}
Vous êtes fous, c´est pas moi, je n´ai pas volé l´orange
J´ai trop peur des voleurs, j´ai pas pris l´orange du marchand

{Chœurs :}
Oui, ça ne peut être que toi
Tu es méchant et laid
Y avait comme du sang sur tes doigts
Quand l´orange coulait
Oui c´est bien toi qui l´as volée
Avec tes mains crochues
Oui c´est bien toi qui l´as volée
Y a quelqu´un qui t´a vu

{G.B. :}
Vous vous trompez
Je courais dans la montagne
Regardant tout le temps
Les étoiles dans les yeux
Vous vous trompez
Je cherchais dans la montagne
L´oiseau bleu

{Chœurs :}
Tu as volé as volé as volé as volé as volé as volé l´orange
Tu as volé as volé as volé l´orange du marchand
Y avait longtemps qu´on te guettait
Avec tes dents de loup
Y avait longtemps qu´on te guettait
T´auras la corde au cou
Pour toi ce jour c´est le dernier
Tu n´es qu´un sale voleur
D´abord tu n´es qu´un étranger
Et tu portes malheur

{G.B. :}
Vous vous trompez
Je courais dans la montagne
Regardant tout le temps
Les étoiles dans les yeux
Vous vous trompez
Je cherchais dans la montagne
L´oiseau bleu. (...)

Gilbert Bécaud

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27 janvier 2010

"Invitation au voyage"

Vermeer  Il y a tellement de douceur dans mon dernier dessert réalisé (Tarte meringuée à l'orange et au grand-Marnier) que je n'ai pu m'empêcher de songer au commencement du magnifique poème de Baudelaire, "Invitation au voyage"... Il m'a accompagnée toute la soirée et je vous le partage à mon tour aujourd'hui, en espérant que vous vous laisserez bercer à votre tour...

(Pour illustrer, un tableau que, grâce à Marcel Proust, j'affectionne tout particulièrement: "Vue de Delft" de Vermeer. En effet, il semble ici que dans le poème, Baudelaire évoque la Hollande... Oeuvre superbe au célèbre "petit pan de mur jaune"!)

Invitation au voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté

Baudelaire

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19 janvier 2010

"Une grosse fève d'épiphanie"

Neige_Bazin Ma précédente recette ("la galette au goumeau") m'a fait penser à un texte lu adolescente, qui m'avait beaucoup marquée et qui me trotte encore régulièrement en tête! Il s'agit de la fin de "La mort du petit cheval" d'Hervé Bazin. Vous connaissez peut-être "Vipère au poing" (ne serait-ce que par le film qui en a été tiré récemment!), l'histoire de ce petit garçon détesté par sa mère, qu'il surnomme "Folcoche" et qui fera tout pour l'humilier... "La mort du petit cheval" est un roman beaucoup moins connu, alors qu'il s'agit de la suite de "Vipère au poing". Cela raconte la fin de l'adolescence du narrateur, son arrivée dans l'âge adulte... et ses tentatives pour échapper au despotisme d'une enfance mal aimée.... L'extrait que je vous propose en dessous est la toute fin du roman quand le narrateur, marié et tout jeune papa ("la grosse fève" désigne son petit garçon qui vient de naître!) revoit sa mère et réalise qu'enfin une force nouvelle l'habite et lui permet d'estomper l'ombre mauvaise de Folcoche...

La mort du petit cheval

"Par la fenêtre, je la vois s'éloigner, sinueuse, incertaine. Vue de haut, elle donne l'impression de ramper au fond de la rue étroite, interminable comme le sera sa vieillesse. Les deux plumes noires de son chapeau ressemblent vaguement aux appendices de la vipère cornue... Mais que dis-je? Ce symbole est désuet. Va, je n'ai plus besoin de ta race naïve, cher serpent! Un anneau me suffit qui ne doit plus rien aux tiens. J'étreins mieux ce que tu n'étreins pas. Ma force vient d'ailleurs: je n'en suis pas possédé, c'est moi qui la possède. Ma force est là, saine, simplette: une grosse fève d'Epiphanie et une souveraine en tablier qui boit mon sourire avec tant de soif que j'ai envie de crier: La reine boit! la reine boit!

Je sais, cette force n'est pas sans faille et je prévois des jours à j'aurai des absences. Pas des absences de mémoire. Des absences d'oubli. Une voix, qui a ce travers, me soufflera: "A quoi penses-tu?" et je ne répondrai pas. Mais si, malgré moi, je t'évoque, ô ma jeunesse, je ne t'invoquerai plus. Tu ne t'effaces pas, tu t'estompes comme cette femme qui n'est plus qu'un point noir au bout de la rue, qui lutte contre une rafale et qui semble emporter l'hiver avec elle".

Hervé Bazin ("La mort du petit cheval")

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11 janvier 2010

De l'amour et autres démons

Manet___Bar_aux_folies_berg_res  Mon dernier post, Baisers chocolatés et gourmands, m'a fait penser à cet extrait de Marquez dans "De l'amour et autres démons":

"Ferme les yeux et ouvre la bouche" lui dit-il. Elle obéit et il posa sur sa langue une tablette de chocolat magique d'Oaxaca. (...) Elle apprécia ses vertus et, revenue de tout, le préféra à tout.

Gabriel Garcia Marquez

(Tableau de Manet: Au bar des Folies Bergères)

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18 décembre 2009

" Que la vie en vaut la peine"...

Doisneau_1 Pour une fois, un poème sans lien aucun avec mes posts précédents...

Un poème sans lien aucun avec la cuisine, ou la saison, ou mon humeur...

Un poème qui passait par là, que j'ai cueilli - hop - du bout des doigts, pour vous l'offrir en cette veille de week-end, en cette veille de vacances...

Un poème gratuit, car c'est un des plus beaux que je connaise, c'est un des plus forts aussi...

(avec une merveilleuse photo de Robert Doisneau)

Que la vie en vaut la peine

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midi d'incendie
la nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut être qu'on le croit
D'autres viennent ils ont le cœur que j' ai moi même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
et rêver dans le noir où s'éteignent des voix

D' autres qui feront comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages

Il ya toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin là sera l'aube première
Il y aura toujours l 'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n 'est le passant.

Louis Aragon

         

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10 décembre 2009

"La pomme" Henri Michaux

POmmes_Picasso Une petite dégustation littéraire pour accompagner mon Délice glacé aux pommes, avec quelques courts vers d'Henri Michaux, pleins d'humour et de tendresse, comme à l'accoutumée chez ce poète moderne!

J’étais autrefois bien nerveux.
Me voici sur une nouvelle voie :
Je mets une pomme sur ma table.
Puis je me mets dans cette pomme.
Quelle tranquillité !

Henri Michaux

(Tableau: Pommes et pichet, de Picasso)

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26 novembre 2009

"Portrait de Mlle de Chartres"

Princesse_de_Cl_ves  Mon "Gâteau-princesse" m'a fait penser à ce texte (qui, lui, n'est pas pour les enfants!) de la Princesse de Clèves, superbe roman de Mme de Lafayette, chef-d'oeuvre du classicisme. Admirez la pureté et la fluidité de la prose dans la description de l'héroïne!

Portrait de Mademoiselle de Chartres

Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.

Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ; et quoiqu'elle fût dans une extrême jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.

Le lendemain qu'elle fut arrivée, elle alla pour assortir des pierreries chez un Italien qui en trafiquait par tout le monde. Cet homme était venu de Florence avec la reine, et s'était tellement enrichi dans son trafic, que sa maison paraissait plutôt celle d'un grand seigneur que d'un marchand. Comme elle y était, le prince de Clèves y arriva. Il fut tellement surpris de sa beauté, qu'il ne put cacher sa surprise ; et mademoiselle de Chartres ne put s'empêcher de rougir en voyant l'étonnement qu'elle lui avait donné. Elle se remit néanmoins, sans témoigner d'autre attention aux actions de ce prince que celle que la civilité lui devait donner pour un homme tel qu'il paraissait. Monsieur de Clèves la regardait avec admiration, et il ne pouvait comprendre qui était cette belle personne qu'il ne connaissait point. Il voyait bien par son air, et par tout ce qui était à sa suite, qu'elle devait être d'une grande qualité. Sa jeunesse lui faisait croire que c'était une fille ; mais ne lui voyant point de mère, et l'Italien qui ne la connaissait point l'appelant madame, il ne savait que penser, et il la regardait toujours avec étonnement. Il s'aperçut que ses regards l'embarrassaient, contre l'ordinaire des jeunes personnes qui voient toujours avec plaisir l'effet de leur beauté ; il lui parut même qu'il était cause qu'elle avait de l'impatience de s'en aller, et en effet elle sortit assez promptement. Monsieur de Clèves se consola de la perdre de vue, dans l'espérance de savoir qui elle était ; mais il fut bien surpris quand il sut qu'on ne la connaissait point. Il demeura si touché de sa beauté, et de l'air modeste qu'il avait remarqué dans ses actions, qu'on peut dire qu'il conçut pour elle dès ce moment une passion et une estime extraordinaires.

Madame de Lafayette

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18 novembre 2009

"La mer secrète"

mer_van_gogh Mon dernier article ( la Lotte à l'armoricaine) m'a renvoyé au domaine maritime, moi qui ai cette chance immense de voir la mer, infinie, sans cesse ré-inventée, depuis ma fenêtre... Et je n'ai pu m'empêcher de songer à Jules Supervielle, poète que j'affectionne énormément, tant ses vers sont forts, limpides et prégnants... "La mer secrète" est un de mes préférés (après celui sur Marseille, bien évidemment!) et vous verrez comme ces vers vous restent en tête et continuent de chanter, même lorsque vous aurez éteint votre ordinateur... En tous cas, c'est ce que je vous souhaite!

(Tableau de Van Gogh)

La mer secrète

Quand nul ne la regarde,
La mer n’est plus la mer,
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit.
Elle a d’autre poissons,
D’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent
Comme je fais ici.

Jules Supervielle

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12 novembre 2009

"Sous les mets, les mots"

banquet  Merci, mon Chéri, pour ce bel ouvrage de Claude Pujade Renaud, dans la jolie collection "Sous les mets, les mots", toute indiquée pour ta blogueuse d'épouse! Je ne résiste donc pas et en partage une des premières pages que j'ai trouvée très belle, avec un joli clin d'oeil en fin de passage pour le titre de mon blog!

(Tableau: Le banquet de Nastagio degli Onesti de Sandro Botticelli)

Les mets et les mots

." - Je suis excédée de ces modes exotiques (...) je préfère les plats bien de chez nous.
- Par exemple?
- Tiens, une vraie purée. Passée à la moulinette, puis au four. Pas trop gratinée, juste dorée. Une purée d'enfance, quoi! Le dessus à peine croûté, et l'intérieur onctueux...
- Je te rappelle que la pomme de terre nous est arrivée d'Amérique du Sud. Du Pérou, je crois bien.
- Bon, alors un haricot de moutopn, mijoté avec oignons, thym et laurier, plus quelques lardons. Voilà un plat de terroir, un plat canaille, non?
- Désolé de te contrarier, les haricots en grain sont aussi originaires du Nouveau Monde.
- Ah! Tu m'agaces! Et bien, même si c'est italien à l'origine, je me rabats sur des spaghettis à la sauce tomates. Faite maison avec une petite carotte en rondelles, histoire d'amadouer l'acidité de la tomate, un brin de céleri, de la sauge et un très mince filet de lait...
- On en peut plus exotique! Les pâtes proviennent de chine et la tomate du Mexique! (...)
- Bon, qu'est-ce que tu veux me prouver?
- Rien, sinon que les mets comme les mots vagabondent, se sédentarisent, empruntent et essaiement. Nomades poreux aux métamorphoses."

Claude Pujad-Renaud

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03 novembre 2009

Chanson de la petite pomme!

Pomme_C_zanne  Ma dernière recette (Pommes confites sur lit meringué, crème anglaise à l'anis vert) m' a fait songer à ce poème amusant de Pierre Gamarra que je vous partage aujourd'hui... à grignoter des yeux en accompagnement de ce superbe tableau de Cézanne!

Une pomme rubiconde

Une pomme rubiconde
Se pavanait, proclamant
Qu’elle était le plus beau
de tous les fruits du monde,
Le plus tendre, le plus charmant,
Le plus sucré, le plus suave,
Ni la mangue, ni l’agave,
Le melon délicieux,
Ni l’ananas, ni l’orange,
Aucun des fruits que l’on mange
Sous l’un ou l’autre des cieux,
Ni la rouge sapotille,
La fraise, ni la myrtille
N’avait sa chair exquise et sa vive couleur.
On ne pourrait jamais lui trouver une soeur.
La brise répandait alentour son arôme
Et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert.
- “Oui, c’est vrai, c’est bien vrai!”
dit un tout petit vers
Blotti dans le creux de la pomme.

Pierre GAMARRA

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