Pour illustrer mon dernier article (Macarons à la violette), je vous propose ce beau texte de Colette, dans les Vrilles de la vigne, qui évoque, par le biais de ces jolies fleurs, les doux souvenirs de son enfance. Colette qui, par la magie de sa plume et l'amour de la nature, sait rendre poétique tout ce qui l'entoure. Et j'aime l'idée que, par la simple évocation de quelques fleurs, elle ressuscite toute une palette de souvenirs et de sensations, effleurés, évoqués, et tellement forts...

(Illustration: Violettes de Suzanne Valadon)

Les violettes

« Et les violettes elles-mêmes, écloses par magie dans l’herbe, cette nuit, les reconnais-tu ? Tu te penches, et comme moi tu t’étonnes;-ne sont-elles pas, ce printemps-ci, plus bleues ? Plus mauves… non plus bleues (…) Cesse cette taquinerie ! Porte plutôt à tes narines le parfum invariable de ces violettes changeantes et regarde, en respirant le philtre qui abolit les années, regarde comme moi ressusciter et grandir devant toi les printemps de ton enfance !… Plus mauves… non plus bleues… Je revois des prés, des bois profonds que la première poussée des bourgeons embrume d’un vert insaisissable… Violettes à courte tige… et violettes d’un blanc bleu veiné de nacre mauve, – violettes de coucou anémiques, qui haussent sur de longues tiges leurs pâle corolles inodores… Violettes de février, fleuries sous la neige, déchiquetées, roussies de gel , laideronnes, pauvresses parfumées… O violettes de mon enfance ! Vous montez devant moi, toutes, vous treillagez le ciel laiteux d’avril, et la palpitation de vos petits visages innombrables m’enivre…  »

Colette, Les vrilles de la vigne