Petite chronique ordinaire d'une période qui ne l'est guère...

Il paraît que je suis une résistante... J'ai entendu ça hier matin sur France Inter: une semaine après les attentats, les français entrent en résistance et vont au théâtre. Ainsi, une sortie qui, quelques jours auparavant passait pour du simple divertissement, une soirée de détente, un bonheur littéraire, devient acte de résistance! Le monde marche donc bien à l'envers... C'est vrai, impossible de ne pas y penser au moment de se préparer pour sortir et d'embrasser les enfants en partant, impossible de ne pas y penser en marchant dans la rue et en entrant dans le joli théâtre du Jeu de Paume, impossible de ne pas y penser, bien sûr, devant "Le conte d'hiver" de Skakespeare, histoire d'un homme qui est envahi par la folie au point de tuer ses proches aveuglément (toute ressemblance avec l'actualité...). Et devant cet homme qui se repent,  qui souffre au point de réussir à redonner vie à ses victimes, on se prend à rêver que la vie puisse devenir théâtre... Impossible de ne pas y penser aussi devant les paroles, fortes et bouleversantes de Philippe Car, le metteur en scène, debout avec le public, uni et traversé par le souffle de l'émotion...

Bien sûr, impossible de sortir "comme avant"... Mais de là à me voir comme une résistante, non! Les mots ont leur force qu'il faut leur garder, et s'en travestir les affaiblit, tout comme la réalité qu'ils dépeignent. Non, je ne suis pas une résistante, j'essaie juste de continuer à vivre, librement...