22 octobre 2008

"Il pleut" Raymond Queneau

Aujourd'hui, il pleut, il pleut, il pleut encore! Il faut dire qu'à Marseille nous ne sommes guère habitués à cette eau tombée du ciel ! Ou alors nous connaissons les trombes d'eau qui envahissent les rues de la ville et retiennent les habitants chez eux, au chaud et au sec.

Comme mes enfants me demandaient des chansons sur la pluie (il faut s'occuper par un mercredi pluvieux!), m'est revenu en mémoire ce poème amusant de Queneau (il faut lire Queneau au moins une fois dans sa vie, ce jongleur de mots, ce poète du quotidien, qui rend à chaque chose quotidienne une place décalée dans la vie de tous les jours). Je vous le livre pour vous faire sourire de l'autre côté de l'écran et vous faire entendre - si vous prenez le temps de le lire à haute voix! - le bruit des gouttes d'eau, calmes et plates au début du poème, puis rapides et saccadées ensuite, par la simple rythmique des mots (il est trop fort, je vous le dis!!).

Il pleut

Averse averse averse averse averse averse

pluie ô pluie ô pluie ô ! ô pluie ô pluie ô pluie !

gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau gouttes d’eau

parapluie ô parapluie ô paraverse ô !

paragouttes d’eau paragouttes d’eau de pluie

capuchons pèlerines et imperméables

que la pluie est humide et que l’eau mouille et mouille !

mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau mouille l’eau

et que c’est agréable agréable agréable !

d’avoir les pieds mouillés et les cheveux humides

tout humides d’averse et de pluie et de gouttes

d’eau de pluie et d’averse et sans un paragoutte

pour protéger les pieds et les cheveux mouillés

qui ne vont plus friser qui ne vont plus friser

à cause de l’averse à cause de la pluie

à cause de l’averse et des gouttes de pluie

des gouttes d’eau de pluie et des gouttes d’averse

cheveux désarçonnés cheveux sans parapluie

Raymond Queneau, Les ziaux

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20 octobre 2008

Tatin aux légumes confits

Hier soir, il me restait dans mon frigidaire une pâte feuilletée à utiliser de toute urgence... et quelques légumes "à ratatouille": les deux se sont alors mélangés pour une tatin sans ambition, mais bien goûteuse!

Tatin_aux_l_gumes_confitsIngrédients (pour 6 pers.):

- 1 pâte feuilletée
- 1 aubergine
- 2 courgettes
- 1 poivron rouge
- 1 oignon
- un peu d'huile d'olive
- du thym

1) Couper les légumes en petits morceaux et les faire revenir un peu vivement dans une poêle avec l'huile d'olive. Dès qu'ils ont pris couleur, baisser le feu, ajouter le thym émietté et laisser confire doucement une petite heure.
2) Dans un plat à tarte (si votre poêle passe au four (c'est mon cas!), laisser dedans: c'est l'idéal!) disposer les légumes, recouvrir de la pâte feuilletée et enfourner th. 190 environ 20 min. Servir tiède sur une salade de roquette par exemple!

Le p'tit truc: La cuisson "en tatin" permet de développer particulièrement le parfum des légumes!

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13 octobre 2008

Velouté onctueux au chou-fleur

Quand l'hiver arrive, on a souvent des envies de potages, de chaleur, de douceur...
Cette recette de velouté au chou-fleur (que j'ai trouvée je ne sais plus où, mea culpa!, mais que j'ai remaniée à ma manière) comblera ceux qui aiment sentir un velouté onctueux et parfumé sur leurs papilles!

Velout__au_chou_fleurIngrédients (pour 4 pers.):

- 1 gros chou-fleur
- 60 gr de farine
- 60 gr de beurre
-1/2 litre de lait
- 1 litre de bouillon de légumes
- 100 gr de crème (oui, je sais, ce n'est pas une recette régime!...)
- 1 jaune d'oeuf
- Sel, poivre, muscade, pluches de cerfeuil.

1) Couper le chou-fleur en morceaux et le faire cuire le chou-fleur 15 min dans de l'eau bouillante.
2) Pendant ce temps, confectionner une béchamel: faire revenir le beurre, ajouter la farine et mélanger jusqu'à obtenir un roux. Hors du feu, ajouter d'un coup le lait froid et remettre sur feu doux en mélangeant sans arrêt pendant une dizaine de minutes.
3) Ajouter cette béchamel au bouillon chaud et laisser cuire encore une ou deux minutes.
4) Ajouter le chou-fleur et laisser cuire encore une dizaine de minutes.
5) Mixer finement et assaisonner.
6) Délayer le jaune d'oeuf dans la crème et mélanger au velouté hors du feu.
7) Servir bien chaud, en parsemant le velouté de cerfeuil.

Le p'tit truc: Pour les vrais gourmands, on peut ajouter de fines rondelles de chorizo au moment de servir!

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"Désert" de J.M.G. Le Clézio

En fin de semaine dernière, grande nouvelle: Le Clezio reçoit le prix Nobel de littérature! Et voilà que grandit en moi le désir de retourner lire cet auteur fabuleux, qui par la simple force de sa plume et de sa poésie, m'a fait voyager si souvent à travers le vaste monde... Merci, Monsieur Le Clezio, pour tout ce rêve donné à travers les pages de vos romans!

Pour tous ceux d'entre vous qui aiment Le Clezio, voici un petit extrait, très connu certes, de Désert... Et pour tous ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur, je ne peux que vous conseiller de vous précipiter à la bibliothèque la plus proche pour de belles heures de voyage en perspective!

"Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche. C’étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts semblait encore plus sombre dans les voiles d’indigo.

Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder où ils allaient. Le vent soufflait continûment, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour d’eux, entre les pattes des chameaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur leurs yeux. Les jeunes enfants couraient, les bébés pleuraient, enroulés dans la toile bleue sur le dos de leur mère. Les chameaux grommelaient, éternuaient. Personne ne savait où on allait.

Le soleil était encore haut dans le ciel nu, le vent emportait les bruits et les odeurs. La sueur coulait lentement sur le visage des voyageurs, et leur peau sombre avait pris le reflet de l’indigo, sur leurs joues, sur leurs bras, le long de leurs jambes. Les tatouages bleus sur le front des femmes brillaient comme des scarabées. Les yeux noirs, pareils à des gouttes de métal, regardaient à peine l’étendue de sable, cherchaient la trace de la piste entre les vagues des dunes.

Il n’y avait rien d’autre sur la terre, rien, ni personne. Ils étaient nés du désert, aucun autre chemin ne pouvait les conduire. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien. Le vent passait sur eux, à travers eux, comme s’il n’y avait personne sur les dunes. Ils marchaient depuis la première aube, sans s’arrêter, la fatigue et la soif les enveloppaient comme une gangue. La sécheresse avait durci leurs lèvres et leur langue. Ma faim les rongeait. Ils n’auraient pas pu parler. Ils étaient devenus, depuis si longtemps, muets comme le désert, pleins de lumière quand le soleil brûle au centre du ciel vide, et glacés de la nuit aux étoiles figées.

Ils continuaient à descendre lentement la pente vers le fond de la vallée, en zigzaguant quand le sable s’éboulait sous leurs pieds. Les hommes choisissaient sans regarder l’endroit où leurs pieds allaient se poser. C’était comme s’ils cheminaient sur des traces invisibles qui les conduisaient vers l’autre bout de la solitude, vers la nuit. Un seul d’entre eux portait un fusil, une carabine à pierre au long canon de bronze noirci. Il la portait sur sa poitrine, serrée entre ses deux bras, le canon dirigé vers le haut comme la hampe d’un drapeau. Ses frères marchaient à côté de lui, enveloppés dans leurs manteaux, un peu courbés en avant sous le poids de leurs fardeaux. Sous leurs manteaux, leurs habits bleus étaient en lambeaux, déchirés par les épines, usés par le sable. Derrière le troupeau exténué, Nour, le fils de l’homme au fusil, marchait devant sa mère et ses sœurs. Son visage était sombre, noirci par le soleil, mais ses yeux brillaient, et la lumière de son regard était presque surnaturelle.

Ils étaient les hommes et les femmes du sable, du vent, de la lumière, de la nuit. Ils étaient apparus, comme dans un rêve, en haut d’une dune, comme s’ils étaient nés du ciel sans nuages, et qu’ils avaient dans leurs membres la dureté de l’espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, les lueurs de la Voie lactée, la lune ; ils avaient avec eux leur ombre géante au coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés touchaient, l’horizon inaccessible. Ils avaient surtout la lumière de leur regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux."

J.M.G. Le Clezio

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10 octobre 2008

Papeton d'aubergines

Ce soir, je n'ai pas le temps d'écrire grand-chose, alors je vous laisse tout de suite en compagnie de mon Papeton d'aubergines, qui fleure bon le thym et la garrigue. C'est une entrée toute simple, mais fondante à souhait et parfumée au soleil de Provence!

Papeton_d_auberginesIngrédients (pour 6 pers.):

- 6 grosses aubergines
- 5 c. à soupe d'huile d'olive
- 6 oeufs
- 2 gousses d'ail
- 1/2 oignon
- 1 c. à soupe de farine
- 1 kg de tomates
- sel, poivre
- thym (des collines!), laurier.

1) Couper les aubergines en deux dans le sens de la longueur et les mettre à four chaud (220°C) environ 30 min.
2) Une fois cuites, ôter la peau, les couper grossièrement et les mettre dans le robot.
3) Ajouter 1 gousse d'ail, l'oignon coupé en petits morceaux, la cuillère de farine, les oeufs, 1 c. d'huile d'olive, les aromates. Mixer pendant plusieurs minutes jusqu'à obtenir un mélange lisse.
4) Enfourner (180°C) au bain-marie environ 1h à 1h30.
5) Pendant ce temps, plonger rapidement les tomates dans de l'eau bouillante pour ôter la peau et les graines.
6) Les couper en morceaux et les faire cuire à feu doux avec l'huile d'olive restante, 1 gousse d'ail, un peu de thym et de laurier émietté. Quand le coulis est cuit, le passer au mixer.
7) Démouler le papeton, le napper de coulis et le servir, suivant les goûts, froid ou tiède.

Le p'tit truc: - Dans la recette initiale, il fallait faire frire les aubergines avant de les mixer. Je préfère cette variante ou four qui gagne beaucoup de temps, est moins grasse et est tout aussi parfumée!
- Ce "pain d'aubergines" est encore meilleur préparé la veille pour laisser le temps à tous les aromates de se reprendre et de se développer.


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07 octobre 2008

Moelleux au chocolat et sa crème anglaise

Les gâteaux au chocolat sont bien nombreux, sur le net, dans les livres, dans les traditions de chacun... Mais tant pis! A mon tour de vous livrer cette petite recette pauvre en farine... mais riche en chocolat! Avis aux gourmands!!

Moelleux_au_chocolat

Ingrédients (pour 6 pers.):

Pour le gâteau:

- 100 gr de chocolat à pâtisser noir
- 100 gr de chocolat "extra noir"
- 100 gr de beurre
- 125 gr de sucre en poudre
- 5 oeufs
- 2 grosses cuillères à soupe de farine
- 1 pincée de sel
- 1/2 sachet de levure

1) Faire fondre au bain-marie le chocolat cassé en morceaux et le beurre.
2) Dans une terrine, mélanger les oeufs et le sucre.
3) Ajouter la farine, la levure et la pincée de sel.
4) Ajouter le mélange beurre-chocolat fondu et bien tout mélanger.
5) Beurrer un moule et y verser la préparation. Enfourner th. 190, environ 20 min.

Le p'tit truc: On peut ne mettre qu'une cuillère de farine et pas de levure pour un effet plus "fondant au chocolat".

Pour le crème anglaise:
- 1/2 litre de lait
- 4 jaunes d'oeufs
- 100 gr de sucre en poudre
- une gousse de vanille

1) Faire bouillir le lait avec la gousse de vanille fendue en deux.
2) Melanger les jaunes et le sucre, jusqu'à ce que le mélange blanchisse.
3) Y incorporer, hors du feu, le lait bouillant, après avoir ôté la gousse de vanille.
4) Reverser dans la casserole et faire chauffer sur feu doux en remuant sans cesse. Dès que la crème s'épaissit, ôter du feu et laisser refroidir en mélangeant de temps en temps pour éviter qu'une petite peau ne se forme sur le dessus.

Le p'tit truc: Ne surtout pas faire bouillir sinon la crème tourne tout de suite!

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06 octobre 2008

Feuilles de brick au chèvre et aux courgettes

Des petits feuilletés à base de feuilles de brick, qui peuvent faire aussi bien une entrée "sans chichi" (!), qu'un plat du soir avec une bonne salade verte!

Feuilles_de_brick

Ingrédients (pour 2 pers.):

- 2 feuilles de brick
- 2 ou 4 petits chèvres frais
- 2 courgettes
- 1/2 oignon
- 1 c. à soupe d'huile d'olive
- 2 tomates
- quelques pignons de pin
- Ciboulette
- 2 tranches de jambon cru
- 15 gr de beurre

1) Râper les courgettes et l'oignon finement. Les faire revenir dans l'huile d'olive quelques minutes.
2) Etaler les feuilles de brick et les couper en deux.
3) Garnir chaque moitié de feuille de brick avec la préparation de courgettes/oignon, les tomates coupées en petits morceaux, le chèvre, les pignons, le jambon cru émincé. Ajouter un peu de poivre et de la ciboulette.
4) Replier les feuilles de brick et les enduire de beurre fondu au pinceau.
5) Enfourner à 190°, environ 10 min. Déguster tièdes!

Le p'tit truc: Ne pas trop saler, le chèvre et le jambon cru s'en chargent!

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La madeleine - Marcel Proust

Evidemment, après avoir cuisiné des madeleines, vous ne pensiez tout de même pas éviter un peu de Proust?! Si, si, je vous assure, une fois que l'on est entré dans le méandre de sa pensée et de ses longues phrases, on ne peut plus s'en détacher! Ce texte est archi-connu... mais il décrit merveilleusement bien un phénomène que tout homme expérimente un jour: les territoires cachés de la mémoire! (Et ce texte me touche d'autant plus qu'ici, c'est un simple gâteau "court et dodu" qui va mettre en branle tout l'édifice du souvenir!... Le goût comme révélateur du passé enfui, c'est beau, non?).

"Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité; Mais comment? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement: créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.(...)

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir."

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

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02 octobre 2008

Madeleines à la fleur d'oranger

Hier, en me promenant sur le site de Mercotte que j'aime beaucoup, j'ai trouvé deux recettes de madeleines. C'était parfait pour mon petit atelier cuisine du mercredi avec les enfants, qui sont des grands fans de ce délicieux gâteau bombé...!

Madeleines_1Mercotte présentait deux recettes: j'ai choisi la première, celle de Sophie Dudemaine, la plus simple et la plus vite faite (deux paramètres importants avec mes deux petits bouts!).
Merci Mercotte! Ces madeleines sont effectivement inratables et très vite faites!
Seule petite remarque: la prochaine fois, je tenterai avec du miel, comme le conseille Mercotte, afin de les rendre encore plus moelleuses!

Ingrédients (pour environ 25 madeleines):

- 120 gr de beurre (Sophie parle de "beurre salé", mais je n'en avais pas sous la main!)
- 3 oeufs
- 120 gr de sucre
- 120 gr de farine
- 1 c. à café de levure
- 1 p. de sel
- 3 c. à soupe de sirop de fleur d'oranger

1) Mélanger la farine, la levure, le sucre et les jaunes d'oeufs dans le robot.
2) Fouetter les blancs à la fourchette et les ajouter à la préparation.
3) Ajouter le beurre fondu et la fleur d'oranger.
4) Remplir des moules à madeleines. Enfourner: 3 min à 240°, puis 3 min à 180°.
Déguster tièdes... avec un thé à la bergamote, bien sûr!

Le p'tit truc: Sophie Dudemaine met du jus d'orange dans sa recette... J'ai remplacé ici par du sirop de fleur d'oranger, pour moi intimement lié au goût fondant de la madeleine
!

Madeleines_2

Merci Mercotte: les enfants... et leurs doudous se sont régalés!

Madeleines_3

Le meilleur... c'est quand elles sortent du four et qu'elles sont toutes chaudes et fondantes... Hum!...

Madeleines_3

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"Parfum exotique " de Baudelaire

Mon message précédent (mousse noix de coco-citron vert) m'a donné des envies d'exotisme... et comme la période n'est pas aux voyages (!), je suis retournée ouvrir mon cher Baudelaire pour vous offrir ce poème à lire les yeux fermés (si, si, il suffit d'essayer!).

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

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