22 octobre 2009

Les noisettes sauvages

Mon dernier article (Cake aux noissettes et au miel de châtaignier) m'a fait songer au beau roman de Robert Sabatier, "Les noisettes sauvages". Olivier, le petit garçon des "Allumettes suédoises", après une année mouvementée chez son oncle et sa tante dans le Paris bourgeois des années 20, découvre le reste de sa famille, campagnarde, dans le village de Saugues. Il y découvrira des valeurs fortes, le sens de la terre et l'affection bourrue de grands-parents... Courez vite lire tout cette saga  (5 tomes, je crois?), pleine de vie et d'enthousiasme, qui, de surcroît, nous donne à vivre toute l'ambiance des années 20 à 50!

Ici, je vous partage la fin du roman, quand Olivier, les vacances finies, quitte le village et ceux qu'ila rencontré et appris à aimer...

Les noisettes sauvages

"Au bour de la cour, Olivier se retourna et regarda vers la fenêtre. Ils étaient là, dans une buée, le pépé avec son chapeau rond sur la tête, son foulard au col, son gilet, la mémé devenue fluette. Ils étaient là comme sur une photographie d'autrefois, toute jaunie, toute racornie, et que le temps pouvait effacer.

Alors, Oliver marcha, les épaules fragiles, la tête baissée, dans la rue des Tours-Neuves, en poussant la byciclette. des noisettes boursoouflaient ses poches. Sur son front, autour de son nez, le soleil avait déposé des taches de rousseur. Son corps s'était armé de muscles, son esprit de forces nouvelles, et pourtant des ondes de détresse le traversaient, quelque chose tremblait en lui. Quelqu'un, ou bien le feuillage, ou ses amis, ou le village, ou le temps, murmura: "Au revoir, Olivier..." mais il ne l'entendit pas.

Au bout de la rue, quand il leva le menton, une brise légère rafraîchit ses joures humides.

Robert Sabatier

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19 octobre 2009

Marcel Pagnol et ses souvenirs d'enfance

garlaban_2  Voilà un moment que je voulais glisser un petit texte de Marcel Pagnol, cet auteur souvent injustement jugé, puisque considéré comme "facile" ou encore "populaire"... Et pourtant que de beautés dans ses textes! Les dialogues de ses pièces de théâtre sont finement ciselés, les répliques fusent, pertinentes et insolentes. Ses romans, "Jean de Florette" et "Manon des sources" portent en eux la force des grandes tragédies... Et quant à ses souvenirs d'enfance, ce sont aussi un peu les miens, pour les avoir lus et relus tant de fois...

Aussi, je profite de mon précédent post ( Mini-cake à la tapenade et au thym) pour vous partager l'incipit de La gloire de mon Père...

Garlaban

Je suis né dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers.

Garlaban, c'est une énorme tour de roches bleues, plantée au bord du Plan de l'Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l'Huveaune.

La tour est un peu plus large que haute : mais comme elle sort du rocher à six cents mètres d'altitude, elle monte très haut dans le ciel de Provence, et parfois un nuage blanc du mois de juillet vient s'y reposer un moment.

Ce n'est donc pas une montagne, mais ce n'est plus une colline : c'est Garlaban.

Marcel Pagnol

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12 octobre 2009

William Boyd et les tomates

Nicolas_de_sta_l  Le journaliste et écrivain William Boyd, écossais d'origine, partage son temps entre son pays natal et la France pour laquelle il a eu un véritable coup de coeur. Dans son dernier ouvrage, "Bambou", il reprend certains de ses nombreux textes écrits au fil des ans sur son pays d'adoption. En lisant son passage sur les "tomates", j'ai pensé à ma salade aux trois tomates... et je vous partage alors ses réflexions sur ce fruit... visiblement bien lié à la France pour lui!

("Nature morte" de Nicolas de Staël, peintre que j'affectionne beaucoup).

"Dans notre potager, nous faisons couramment pousser entre quinze et vingt variétés de tomates. En juillet et août, je déguste une très goûteuse salade de tomates au moins une fois par jour - salade composée de tomates brunes, pourpres, jaunes, vertes et orange autant que les rouges habituelles. Du coup, je trouve presque impossible d'en manger en Angleterre. Résultat: s'il existe un fruit que j'associe particulièrement à ma vie en France, c'est bien la tomate."

William Boyd

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28 septembre 2009

Rotondité et amour...

fleur

La douceur des courbes du melon ( voir les Verrines de melon en gelée de muscat) qui m'émeut toujours m'a fait penser à cette magnifique phrase de René Char (une des plus grands poètes, pour moi!):

"Ne te courbe que pour aimer."

René CHAR

A méditer!...

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21 septembre 2009

Pour les gourmands...

arcimboldo  Pour les gourmands qui aiment saliver et rêver devant de belles descriptions goûteuses, voici un extrait des bonnes choses que pouvait mijoter Françoise, cuisinière chez le narrateur de La recherche... Un peu de Proust pour nous ouvrir l'appétit en ce lundi... et, en accompagnement, un beau portrait gourmand d'Arcimboldo!

Car au fond permanent d’oeufs, de côtelettes, de pommes de terre, de confitures, de biscuits, qu’elle ne nous annonçait même plus, Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie, et si bien que notre menu, comme ces quatre-feuilles qu’on sculptait au XIIIe siècle au portail des cathédrales, reflétait un peu le rythme des saisons et les épisodes de la vie : une barbue parce que la marchande lui en avait garanti la fraîcheur, une dinde parce qu’elle en avait vu une belle au marché de Roussainville-le-Pin, des cardons à la moelle parce qu’elle ne nous en avait pas encore fait de cette manière-là, un gigot rôti parce que le grand air creuse et qu’il avait bien le temps de descendre d’ici sept heures, des épinards pour changer, des abricots parce que c’était encore une rareté, des groseilles parce que dans quinze jours il n’y en aurait plus, des framboises que M. Swann avait apportées exprès, des cerises, les premières qui vinssent du cerisier du jardin après deux ans qu’il n’en donnait plus, du fromage à la crème que j’aimais bien autrefois, un gâteau aux amandes parce qu’elle l’avait commandé la veille, une brioche parce que c’était notre tour de l’offrir. Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une oeuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent.

Marcel Proust

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14 septembre 2009

A propos de rose...

Rose Mon post précédent (framboises gourmandes sur nid de meringues roses) m'a évidemment fait songer à Ronsard et son si connu, mais si beau!, poème sur le temps qui passe...

Mignonne, allons voir si la rose

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard

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07 septembre 2009

"Béni soit le jour..."

botticelli Pour déguster, vraiment, ma Douceur italienne aux abricots, je vous conseille de lire en même temps ce superbe sonnet de Pétrarque, immense poète italien s'il en est... sous les yeux de la Vénus de Botticelli!

Béni soit le jour...

Béni soit le jour, bénis le mois, l'année
Et la saison, et le moment et l'heure, et la minute
Béni soit le pays, et la place où j'ai fait rencontre
De ces deux yeux si beaux qu'ils m'ont ensorcelé.


Et béni soit le premier doux tourment
Que je sentis pour être captif d'Amour
Et bénis soient l'arc, le trait dont il me transperça
Et bénie soit la plaie que je porte en mon coeur


Bénies soient toutes les paroles semées
A proclamer le nom de celle qui est ma Dame
Bénis soient les soupirs, les pleurs et le désir.


Et bénis soient les poèmes
De quoi je sculpte sa gloire, et ma pensée
Tendue vers elle seule, étrangère à nulle autre.


Francesco Petrarca (1304-1374)

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03 septembre 2009

Page d'écriture

doisneauEn ce jour de rentrée scolaire, je ne pouvais pas ne pas penser à mon cher Prévert et vous partager sa merveilleuse page d'écriture... superbe texte qui m'accompagne, régulièrement, inlassablement, chaque début de septembre, que je me retrouve face à mes classes d'élèves, ou que j'accompagne mes petits bouts à leur école...et bien sûr une petite photo de Doisneau, grand magicien du quotidien, était toute trouvée pour illustrer ce poème!

Page d'écriture

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize…

Répétez ! dit le maître

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize.

Mais voilà l’oiseau lyre

qui passe dans le ciel

l’enfant le voit

l’enfant l’entend

l’enfant l’appelle

Sauve-moi

joue avec moi

oiseau !

Alors l’oiseau descend

et joue avec l’enfant

Deux et deux quatre…

Répétez ! dit le maître

et l’enfant joue

l’oiseau joue avec lui…

Quatre et quatre huit

huit et huit font seize

et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?

Ils ne font rien seize et seize

et surtout pas trente-deux

de toute façon

ils s’en vont.

Et l’enfant a caché l’oiseau

dans son pupitre

et tous les enfants

entendent sa chanson

et tous les enfants

entendent la musique

et huit et huit à leur tour s’en vont

et quatre et quatre et deux et deux

à leur tour fichent le camp

et un et un ne font ni une ni deux

un à un s’en vont également.

Et l’oiseau lyre joue

et l’enfant chante

et le professeur crie :

Quand vous aurez fini de faire le pitre

Mais tous les autres enfants

écoutent la musique

et les murs de la classe

s’écroulent tranquillement

Et les vitres redeviennent sable

l’encre redevient eau

les pupitres redeviennent arbres

la craie redevient falaise

le porte-plume redevient oiseau.

Jacques Prévert

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17 juillet 2009

"Le temps des cerises"

grappe

Evidemment, je ne pouvais laisser passer mon gâteau moelleux aux cerises sans entendre chanter le temps des cerises de Jean-Baptiste Clément... Je vous le partage donc!

Le temps des cerises

Quand nous en serons au temps des cerises,
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Quand nous en serons au temps des cerises,
Sifflera bien mieux le merle moqueur.

Mais il est bien court, le temps des cerises,
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles.
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises,
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant.

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Evitez les belles.
Moi qui ne crains pas les peines cruelles,
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises,
Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

J'aimerai toujours le temps des cerises :
C'est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte,
Et dame Fortune, en m'étant offerte,
Ne saurait jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au coeur.

Jean-Baptiste Clément

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23 juin 2009

"Voici des fleurs, des fruits"

c_zanne

Mon précédent article (beignets de fleurs de courgettes) m'a fait fait penser au doux poème de Verlaine que je vous confie cet après-midi (tableau de Paul Cézanne):

Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches,
et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous,
ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches,
et qu’à vos yeux si beaux, l’humble présent soit doux.

Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches
la gare Montparnasse,ô, vous souvenez-vous,
votre cœur était pur, votre robe était blanche,
votre amour était clair,votre corps était doux.

Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches
et voici l’escalier des premiers rendez-vous,
et mon baiser soudain sur votre peau si blanche,
vous si calme déjà, et moi déjà si fou.
Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches
et puis voici ce train qui me fait comme un trou
et puis voici sa main entre vos deux mains
blanches
et voici son baiser qui hante votre cou.

Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches
et puis voici ce train qui s’éloigne sans nous,
je vous crie : « au secours », mais ma voix est si blanche
et vous me laissez seul au milieu du mois d’août.
Voici des fleurs, des fruits
des feuilles et des branches
et puis voici la pluie qui coule dans mon cou
ô, ne l’essuyez pas avec vos deux mains blanches
et laissez-moi souffrir mon chemin jusqu’au bout,
jusqu’au bout, jusqu’au bout.

Verlaine

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