07 juin 2011

L'amour est cerise

Pour accompagner ma Panna cotta à l'amande amère et aux griottes, je vous propose aujourd'hui cette chanson légère et gaie de Jean Ferrat que j'affectionne beaucoup... 

(Illustration: L'assiette de cerises de Paul Cézanne)

Cerises de Cézanne

L'amour est cerise

Rebelle et soumise
Paupières baissées
Quitte ta chemise
Belle fiancée
L'amour est cerise
Et le temps pressé
C'est partie remise
Pour aller danser

Autant qu'il nous semble
Raisonnable et fou
Nous irons ensemble
Au-delà de tout
Prête-moi ta bouche
Pour t'aimer un peu (...)

Jean Ferrat

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05 mai 2011

Le bouton de rose

Mon Mille feuille printanier du post précédent était garni de frais légumes de saison... Le printemps est la saison qui voir revenir légumes et fruits sur les étals,... et mille et une fleurs dans les jardins! Pour les fêter, je vous propose ce petit poème de Constance de Salm, ode à l'amour si joliment troussée...

(Illustration: Les roses de Renoir)

Riose_Renoir

Le bouton de rose

 

Bouton de rose, 
Tu seras plus heureux que moi ;
Car je te destine à ma Rose, 
Et ma Rose est ainsi que toi 
Bouton de rose.

 

Au sein de Rose, 
Heureux bouton, tu vas mourir ! 
Moi, si j'étais bouton de rose, 
Je ne mourrais que de plaisir 
Au sein de Rose.

 

Au sein de Rose 
Tu pourras trouver un rival ;
Ne joute pas, bouton de rose. 
Car, en beauté, rien n'est égal 
Au sein de Rose.

 

Bouton de rose, 
Adieu, Rose vient, je la vois :
S'il est une métempsycose, 
Grands dieux ! par pitié rendez-moi 
Bouton de rose.


Constance de Salm

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26 avril 2011

Ballade des dames du temps jadis

Mes Petits sablés d'antan m'ont fait penser à ce très beau poème de François Villon que j'affectionne beaucoup et que Brassens a si joliment chanté. Je vous le partage aujourd'hui...

(Illustration: "Héloïse et Abélard" de Jean Vignaud)

H_lo_se_et_Ab_lard_de_J

 

Ballade des Dames du temps jadis

Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Echo, parlant quant bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la roine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La roine Blanche comme un lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
Haramburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne, la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Que ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?

François Villon

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04 avril 2011

Le bruit de l'oeuf...

Mon dernier post, Oeufs mi-coque, mi-brouillés au saumon, m'a immédiatement fait penser à ce texte, terrible, de Prévert, appelé ironiquement "la grasse matinée"... Un homme, affamé, dans la rue, regarde à travers la vitre d'un café d'autres hommes prendre leur café crême et leur oeuf coque. Je ne vous livre que le début du poème et vous laisse la curiosité de chercher et découvrir la suite... C'est un texte d'une grande sécheresse, mais, comme souvent chez Prévert, chaque mot sonne juste et net, donnant ainsi encore plus de poids à son propos. Courez les lire, vous ne mangerez plus jamais un oeuf coque de la même manière ensuite!

(Illustration: photo de Joachim Mogarra, artiste contemporain qui, par le regard détourné qu'il porte sur des objets usuels, entrouvre toute une dimension poétique).

 

Mogarra

 

Grasse matinée

Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger (...)

Jacques Prévert (Paroles)

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10 mars 2011

La grande exposition du blanc

Pour illustrer les Meringues délicatement vanille de mon post précédent, j'ai eu envie de douceur et de blanc, de vaporeux et de léger, et tout de suite cet extrait de Zola que j'affectionne beaucoup m'est venu en tête. Il décrit ici une journée spéciale au Bonheur des Dames, ce grand magasin tenu par le visionnaire Mouret, qui a habillé tout son magasin de blanc... Cela va être un succès sans précédent auprès de toutes les clientes, béates d'admiration devant ce spectacle. La description est superbe et l'on voit véritablement se déployer devant nos yeux étoffes et soieries!

(Illustration: Tableau de Jean-Claude Bourgeois, peintre franc-comtois, que je dédie tout particulièrement à mon Mari chéri!)

Bourgeois

 

La grande exposition du blanc

Ce qui arrêtait ces dames, c'était le spectacle prodigieux de la grande exposition de blanc. Autour d'elles, d'abord il y avait le vestibule, un hall aux glaces claires, pavé de mosaïques, où les étalages à bas prix retenaient la foule vorace. Ensuite, les galeries s'enfonçaient, dans une blancheur éclatante, une échappée boréale, toute une contrée de neige, déroulant l'infini des steppes tendues d'hermine, l'entassement des glaciers allumés sous le soleil. On retrouvait le blanc des vitrines du dehors, mais avivé, colossal, brûlant d'un bout à I'autre de l'énorme vaisseau, avec la flambée blanche d'un incendie en plein feu. Rien que du blanc, tous les articles blancs de chaque rayon, une débauche de blanc, un astre blanc dont le rayonnement fixe aveuglait d'abord, sans qu'on pût distinguer les détails, au milieu de cette blancheur unique. Bientôt les yeux s'accoutumaient : à gauche, la galerie Monsigny allongeait les promontoires blancs des toiles et des calicots, les roches blanches des draps de lit, des serviettes, des mouchoirs ; tandis que la galerie Michodière, à droite, occupée par la mercerie, la bonneterie et les lainages, exposait des constructions blanches en boutons de nacre, un grand décor bâti avec des chaussettes blanches, toute une salle recouverte de molleton blanc, éclairée au loin d'un coup de lumière. 
Mais le foyer de clarté rayonnait surtout de la galerie centrale, aux rubans et aux fichus, à la ganterie et à la soie. Les comptoirs disparaissaient sous le blanc des soies et des rubans, des gants et de fichus. Autour des colonnettes de fer, s'élevaient des bouillonnés de mousseline blanche, noués de place en place par des foulards blancs. Les escaliers étaient garnis de draperies blanches, des draperies de piqué et de basin alternées, qui filaient le long des rampes, entouraient les halls, jusqu'au second étage ; et cette montée du blanc prenait des ailes, se pressait et se perdait, comme une envolée de cygnes. Puis, le blanc retombait des voûtes, une tombée de duvet, une nappe neigeuse en larges flocons : des couvertures blanches, des couvre-pieds blancs, battaient l'air, accrochés, pareils à des bannières d'église ; de longs jets de guipure traversaient, semblaient suspendre des essaims de papillons blancs, au bourdonnement immobile ; des dentelles frissonnaient de toutes parts, flottaient comme des fils de la Vierge par un ciel d'été, emplissaient l'air de leur haleine blanche. Et la merveille, l'autel de cette religion du blanc, était, au-dessus du comptoir des soieries, dans le grand hall, une tente faite de rideaux blancs, qui descendaient du vitrage. Les mousselines, les gazes, les guipures d'art, coulaient à flots légers, pendant que des tulles brodés, très riches, et des pièces de soie orientale, lamées d'argent, servaient de fond à cette décoration géante, qui tenait du tabernacle et de l'alcôve. On aurait dit un grand lit blanc, dont l'énormité virginale attendait, comme dans les légendes, la princesse blanche, celle qui devait venir un jour, toute-puissante, avec le voile blanc des épousées.
– Oh ! extraordinaire ! répétaient ces dames. Inouï !
  

Emile Zola (Au bonheur des Dames)

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16 février 2011

Voyage en Bretagne...

  Mon post précédent, Brochettes de St Jacques, confit de pommes et beurre de cidre, est évidemment très clairement tourné vers la Bretagne et ses saveurs si douces.. J'en profite pour vous partager ces extraits de Maupassant qui ramène ces images d'un voyage fait en Bretagne. Sa vision est celle d'une Bretagne tourmentée, soumise aux élémentsqui la dépassent... Ce n'est pas la mienne, mais j'aime le ton puissamment tragique de Maupassant qui se veut "guide pour les voyageurs"...

(Illustration: "La barque" de J.P. Daubin. Daubin est un peintre contemporain que j'affectionne tout particulièrement.Admirez ses ciels immenses et si riches....!)

Daubin

 

Voyage en Bretagne

Entre toutes les vieilles provinces de France, la Bretagne est une des plus curieuses ; on en peut, en dix jours, connaître assez pour en savoir le tempérament, car chaque pays, comme chaque homme, a le sien.
    Traversons-la, en quelques lignes. Allons seulement de Vannes à Douarnenez, en suivant la côte, la vraie côte bretonne, solitaire et basse, semée d'écueils, où le flot gronde toujours et semble répondre aux sifflements du vent dans la lande.
    Le Morbihan, espèce de mer intérieure, qui monte et descend sous la pression des marées du grand Océan, s'étend devant le port de Vannes. Il le faut traverser pour gagner le large.
    Il est plein d'îles, d'îles druidiques, mystérieuses, hantées. Elles portent au dos des tumulus, des menhirs, des dolmens, toutes ces pierres étranges qui furent presque des dieux. Ces îlots, au dire des Bretons, sont aussi nombreux que les jours de l'année. Le Morbihan est une mer symbolique secouée par les superstitions.
    Et voilà le grand charme de cette contrée ; elle est la nourrice des légendes. Mortes partout, les vieilles croyances demeurent enracinées dans ce sol de granit.  (...)

 Le lendemain, je me remis en route, traversant des landes, des villages, des villes, Lorient, Quimperlé, si jolie dans son vallon, Quimper.
    La grand-route part de Quimper, monte une côte, coupe des vallées, passe une sorte de lac herbeux et morne, et pénètre enfin dans Pont-l'Abbé, la petite cité la plus bretonne de toute cette Bretagne bretonnante qui va du Morbihan à la pointe du Raz.
    A l'entrée, un vieux château, flanqué de tours, mouille le pied de ses murs dans un étang triste, avec des vols d'oiseaux sauvages. Une rivière sort de là, que les caboteurs peuvent remonter jusqu'à la ville. Et dans les rues étroites, aux maisons séculaires, les hommes portent le chapeau aux bords immenses, le gilet brodé magnifiquement, et les quatre vestes superposées : la première, grande comme la main, couvrant au plus les omoplates, et la dernière s'arrêtant juste au-dessus du fond de culotte.
    Les filles, grandes, belles, fraîches, ont la poitrine écrasée dans un gilet de drap qui forme cuirasse, les étreint, ne laissant même pas deviner leur gorge puissante et martyrisée. Et elles sont coiffée d'une étrange façon. Sur les tempes, deux plaques brodées en couleur encadrent le visage, serrent les cheveux qui tombent en nappe, puis remontent se tasser au sommet du crâne sous un singulier bonnet, tissu souvent d'or et d'argent.
    Et la route sort de nouveau de cette petite cité du moyen âge oubliée là. Elle s'avance à travers la lande piquée d'ajoncs. (...)

Depuis longtemps déjà on aperçoit la grande ligne des flots gris, qui semblent dominer toute cette campagne nue et basse. Crevant partout la vague, des rochers, des troupeaux d'écueils pointus montrent leurs têtes noires cerclées d'écume comme si elles bavaient ; et là-bas, contre l'eau, quelques maisons frileuses cherchent à se cacher derrière de petits tas de pierres pour éviter l'éternel ouragan du large et la pluie salée de l'Océan. Un grand phare, qui tremble sur sa base de rochers, s'avance jusqu'à la vague.

Guy de Maupassant

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02 février 2011

"La mouche et la crème"

Pour une dégustation littéraire de mes Petites crèmes au citron, j'ai eu envie de les accompagner de ce texte léger et amusant de Pierre Gamarra. Je vous rassure: pas de mouche à la maison, les crèmes ont bien été dégustées par de vrais gourmands!! Le tableau de Turner me semble illustrer à merveille la douce couleur de ces petites crèmes...

Turner

(Illustration: "Didon à Carthage" de Turner)

 

La mouche et la crème

Une mouche voyant une jatte de crème
S'écria: "Quelle chance ! Ah ! que cela me plait !
Ô délice ! Ô bonheur extrême !
Des oeufs frais, du sucre et du lait,
Un tendre arôme de vanille;
rien ne met plus de douceur en mon coeur."
Elle volette, elle frétille,
elle s'approche, elle gambille,
sur le rebord
et c'est alors
que sur la faïence trop lisse,
la mouche glisse
et succombe dans les délices
de cette crème couleur d'or.

Parfois, les choses que l'on aime
sont des dangers.
Il n'est pas toujours sûr que l'on puisse nager
dans la meilleure des crèmes.

Pierre Gamarra

 

 

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20 janvier 2011

"Coucher de soleil romantique"

La douce couleur de mes Macarons au pamplousse m'a fait penser aux splendides couleurs des couchers de soleil et ces quelques vers de Baudelaire me sont revenus en mémoire! Je vous les partage avec grand plaisir:

Coucher_de_soliel_Monet

(Tableau: Coucher de soleil, Claude Monet)

Coucher de soleil romantique


Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour!
- Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve!

Je me souviens!... J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite,..
- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon!

Charles Baudelaire

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10 janvier 2011

Le cacao et l'écume

pr_colombien Pour illustrer mon précédent post, Crème tendrement chocolat, je vous propose cet extrait d'un chant précolombien, qui expirme, à mon sens, toute l'ivresse que peut dégager l'arôme merveilleux du chocolat...

(Illustration: art précolombien)

"Le cacao fleurant déborde comme écume
Et se partage la fleur du tabac.
Quand le coeur est saveurs,
la vie se fait ivresse".

(Chant précolombien)

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03 novembre 2010

Chanson d'automne

Automne  Cette fois, l'autome est bien là! Bourrasques, pluie, et merveilleux tapis de feuilles colorées! Et dans la cuisine... la Pâte de coing aux reflets mordorés rappelle les feuilles qui volent au vent... Pour accompagner ma dernière recette,je vous propose donc ce petit bijou de Verlaine, "Chanson d'automne". Ne vous y trompez pas: pour moi, l'automne est une saison lumineuse et gaie... mais ma vie n'est pas celle de Verlaine, bien sûr! N'hésitez pas à lire à haute voix ce petit texte pour mieux en goûter toutes les richesses phoniques: c'est une vraie merveille!

(Illustration: photo du Doubs, automne 2009)

Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Verlaine

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