04 février 2017

Les crèpes de Mère Barberin

Je n'ai jamais fait de crêpes sans penser au magnifique roman d'Hector Malot "Sans famille". Rémi et Mattia, après de nombreuses aventures sur les grands chemins, sont de retour chez mère Barberin à laquelle ils offrent une vache qui fait un lait "au goût de fleur d'oranger". Pour fêter leurs joyeuses retrouvailles, les deux enfants demandent alors à la nourrice de leur confectionner les délicieuses crêpes dont Rémi garde un souvenir émerveillé...

(Si vous cherchez une recette de crêpes, c'est ICI !)

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Mère Barberin mit la poêle au feu, et ayant pris un morceau de beurre au bout de son couteau elle le fit glisser dans la poêle, où il fondit aussitôt.

– Ça sent bon, s’écria Mattia qui se tenait le nez au-dessus du feu sans peur de se brûler.

Le beurre commença à grésiller :

– Il chante, cria Mattia, oh ! il faut que je l’accompagne.

Pour Mattia tout devait se faire en musique ; il prit son violon et doucement en sourdine il se mit à plaquer des accords sur la chanson de la poêle, ce qui fit rire mère Barberin aux éclats.

Mais le moment était trop solennel pour s’abandonner à une gaieté intempestive, avec la cuiller à pot mère Barberin a plongé dans la terrine d’où elle retire la pâte qui coule en longs fils blancs ; elle verse la pâte dans la poêle, et le beurre qui se retire devant cette blanche inondation la frange d’un cercle roux.

À mon tour, je me penche en avant : mère Barberin donne une tape sur la queue de la poêle, puis d’un coup de main elle fait sauter la crêpe au grand effroi de Mattia ; mais il n’y a rien à craindre ; après avoir été faire une courte promenade dans la cheminée, la crêpe retombe dans la poêle sens dessus dessous, montrant sa face rissolée.

Je n’ai que le temps de prendre une assiette et la crêpe glisse dedans.

Elle est pour Mattia qui se brûle les doigts, les lèvres, la langue et le gosier ; mais qu’importe, il ne pense pas à sa brûlure.

– Ah ! que c’est bon ! dit-il la bouche pleine.

C’est à mon tour de tendre mon assiette et de me brûler ; mais, pas plus que Mattia je ne pense à la brûlure.

Hector Malot

 

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04 janvier 2017

Chanson pour les enfants l'hiver

Pour accompagner la dégustation de mes Petites meringues en Bonshommes de neige, voici un texte de ce merveilleux poète qu'est Jacques Prévert.

(Illustration: P. Bourgeois)

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Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert

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06 juin 2016

Le petit chaperon rouge

 

Pour illustrer mes Galettes au beurre du Petit Chaperon Rouge, voici un extrait de ce conte de Charles Perrault. Parfait pour accompagner le goûter des tout-petits!

Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que partout on l'appelait le petit Chaperon rouge.
Un jour sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : « Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était malade, porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. » Le petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois elle rencontra compère le loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il est dangereux de s'arrêter à écouter un loup, lui dit : « Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie. »
— Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le loup.
— Oh ! oui, dit le petit Chaperon rouge, c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du village.
— Hé bien, dit le loup, je veux l'aller voir aussi ; je m'y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. »

D'après Charles Perrault

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10 mai 2016

Du chocolat et de la folie!

années 1900

Pour illustrer mon précédent message (Un circuit automobile en chocolat), voilà une petite citation que j'aime tout particulièrement:

« Aimez le chocolat à fond, sans complexe ni fausse honte, car rappelez-vous : sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable. »

La Rochefoucauld

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29 septembre 2015

"Sur la route" de J. Kerouac

Pour illustrer mon article sur les "Petits pains pour hamburgers maison", je cherchais bien sûr un texte américain et celui qui s'est imposé à moi est  le texte si unique, saccadé et brûlant de Jack Kerouac, "Sur la route". Il me semblait trahir son souffle que de le mettre en français, alors, pour une fois sur mon blog, je vous le partage en anglais!

(Illustration: Photographie de Charles Clyde Ebbets... qui me donne toujours le vertige chaque fois que je la regarde!!)

So in America when the sun goes down and I sit on the old broken-down river pier watching the long, long skies over New Jersey and sense all that raw land that rolls in one unbelievable huge bulge over to the West Coast, and all that road going, and all the people dreaming in the immensity of it, and in Iowa I know by now the children must be crying in the land where they let the children cry, and tonight the stars'll be out, and don't you know that God is Pooh Bear? the evening star must be drooping and shedding her sparkler dims on the prairie, which is just before the coming of complete night that blesses the earth, darkens all the rivers, cups the peaks and folds the final shore in, and nobody, nobody knows what's going to happen to anybody besides the forlorn rags of growing old, I think of Dean Moriarty, I even think of Old Dean Moriarty the father we never found, I think of Dean Moriarty.”

Jack Kerouac, On the road

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17 mai 2015

Les assiettes...

En furetant ce soir, j'ai trouvé cette très jolie explication du mot "assiette", à laquelle, aussi évidente soit-elle!, je n'avais jamais pensé... C'est Alexandre Dumas qui la donne, dans son "Grand dictionnaire de cuisine" et je ne résiste pas au plaisir de vous la partager!

(Illustration: enluminure du Moyen âge, "Banquet offert par Charles V au palais de la Cité", datant de 1378. On voit bien qu'il n'y a pas encore d'assiettes sur la table!)

"Les assiettes sont ainsi nommées parce qu'elles marquent les places où l'on doit s'asseoir à table.
Leur usage n'est pas très ancien en France. Autrefois, des tranches de pain coupées en rond servaient d'assiettes ; et Virgile les dépeint ainsi dans le repas des compagnons d'Enée. On parle encore de cette pratique dans le cérémonial du sacre de Louis XII.
Après le repas, on donnait ce pain aux pauvres."

A Dumas

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14 mars 2015

La petite maison dans la prairie: gourmandise à dévorer!

Enfant, durant un long été de vacances à la montagne, j'ai dévoré tous les tomes de "La Petite maison dans la prairie". J'en garde un souvenir émerveillé d'aventures au grand air, de frissons devant les épreuves de la famille Ingalls, de nostalgie en voyant les filles grandir,... et aussi de gourmandise, terrible, car le roman est ponctué de formidables descriptions de repas partagés, de la maman qui cuisine pour sa nombreuse famille et d'odeurs appétissantes qui traversent tout le récit. Combien de fois il m'a semblé sentir jusqu'à ma chambre l'odeur des biscuits au maïs, si parfumés et odorants! Bonheur de la lecture qui permet de ressentir, au plus profond de soi, tant d'expériences si fortes!...

Aussi, en lien avec mon dernier article (Soupe crémeuse de maïs au poulet), voici un extrait de ce formidable roman.

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Les biscuits au maïs

Maman mit une certaine quantité de grains de café dans le moulin afin que Marie se charge de les moudre. Laura emplit la cafetière avec l'eau que Papa venait de rapporter, puis Maman la plaça dans les braises. Elle y déposa aussi la marmite de fonte.

Pendant que celle-ci chauffait, Maman mélangea de la farine de maïs, du sel et de l'eau, puis elle façonna cette pâte en petits biscuits. Elle graissa la marmite avec une couenne de lard, y déposa les biscuits e maïs et mit le couvercle de fonte. Papa ratissa quelques braises par dessus le couvercle, pendant que Maman découpait en tranches du porc salé. Elle fit sauter ces tranches dans une poêle à frire à trois pieds. Cette poêle avait des pieds courts pour pouvoir être posée direcetement dans les braises.
L'eau du café se mit à frémir, les biscuits à monter, la viande à frire, et tout cela dégageait des odeurs si délicieuses que Laura se sentait de plus en plus affamée.

Laura Ingalls

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16 janvier 2015

"Les noisettes sauvages"

Les noisettes de ma précédente recette (Bouchées marcocaines aux noisettes) m'ont fait penser à ce roman de Robert Sabatier que j'avais dévoré enfant: "Les noisettes sauvages". Il s'agit de la suite des "Allumettes suédoises", formidable récit qui met en scène le jeune Olivier, dans le Montmartre populaire et coloré des années 30. Dans "Les noisettes sauvages", Olivier part en Auvergne, retrouver ses racines familiales. Là-bas, il est l'érudit, le parisien. Il va alors découvrir la richesse et la force de ceux qui ne sont pas allés longtemps à l'école, mais savent se servir de leurs mains et de leur coeur...

Les noisettes sauvages

"Un matin où sa jambe lui faisait plus mal qu'à l'ordinaire, le pépé troqua à regret ses énormes esclops (sabots) contre de grosses pantoufles à triple semelle de feutre. Gagné par la mélancolie, il fit à Olivier ses confidences que l'enfant n'oublierait jamais et qui marqueraient sa vie future :

- Tu vois, petit, je suis le premier des Escoulas à avoir su lire et écrire, le premier !

- Avant, on ne savait pas ? Comment on faisait ?

- Les nouvelles venaient par la bouche et la bouche n'est pas toujours fidèle. Dans notre famille, aussi loin que tu remontes dans le temps, tu trouves des travailleurs, des charpentiers, des forgerons comme mon propre père et mon grand-père, des bouviers, des tâcherons. Moi, le désir d'apprendre m'a tenaillé quand j'avais seize ans. Une sorte de honte qui m'a pris. Je me sentais comme une bête, je devenais hargneux, je me cachais pour pleurer comme une madeleine. A l'époque, pour subsister, on travaillait de cinq heures du matin à dix heures du soir comme des esclaves. On se nourrissait de soupe, d'un peu de lard le dimanche..."

Robert Sabatier, "Les noisettes sauvages"

 

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17 février 2014

"Comment voyager avec un saumon?"

Pour illustrer mon précédent article (Filet de saumon sur lit de poireaux), j'ai tout de suite pensé à un petit ouvrage drôlatique que j'ai lu il y a déjà quelques années: "Comment voyager avec un saumon?" de Umberto Eco. C'est un recueil de textes parodiques, des pastiches sur des sujets d'apparence anodine, mais au fond plus sérieux qu'il n'y paraît. Pour moi, pas le meilleur d'Eco, loin de là, mais un bon moment de lecture tout de même.

Ici, voici un extrait amusant qui dépeint les repas en avion...

(Illustration: "Antibes" de Nicolas de Staël)

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"Les anciens fabulistes nous l'ont appris, pour empêcher un renard de boire dans un verre, il suffit que ledit verre soit étroit et haut. Les verres des avions sont bas, évasés, de véritables cuvettes. Et bien évidemment, par une loi physique, tout liquide ne peut qu'en déborder, même sans l'aide des turbulences. Le pain n'a rien de la baguette française, dans laquelle il faut mordre et tirer fort même quand elle est fraîche, c'est un type particulier d'agglomérat de semoule qui, dès qu'on le saisit, explose en un nuage de poudre très fine. En vertu du principe de Lavoisier, cette poudre ne disparaît qu'en apparence : à l'arrivée, vous découvrez qu’elle est allée s'accumuler sous votre séant, emplâtrant tout l'arrière de vos pantalons. Quant au gâteau, soit il ressemble vaguement à une meringue et il va faire pâte avec le pain, soit il vous dégouline sur les doigts, quand votre serviette en papier est désormais imbibée de sauce tomate, et donc inutilisable".

Umberto Eco

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07 octobre 2013

Le livre de la jungle

Pour illustrer mon post précédent (Le gâteau de la jungle), je vous propose un petit extrait du Livre de la jungle de Rudyard Kipling. C'est un roman envoûtant sur le monde de la jungle... peut-être pas si éloigné de notre monde moderne! Kipling, merveilleux auteur, a su concilier roman d'aventures, roman d'initiation, réflexion sur la société,... A lire et à faire lire à nos enfants! (Sans oublier la merveilleuse version en dessin animé avec l'inénarrable Baloo!).

Ici, un extrait que je trouve très beau et poétique: la description de Bagheera, la panthère.

Le livre de la jungle

Une ombre tomba au milieu du cercle. C'était Bagheera, la
panthère noire. Sa robe est tout entière noire comme l'encre, mais
les marques de la panthère y affleurent, sous certains jours,
comme font les reflets de la moire. Chacun connaissait Bagheera,
et personne ne se souciait d'aller à l’encontre de ses desseins, car
Tabaqui est moins rusé, le buffle sauvage moins téméraire, et
moins redoutable l'éléphant blessé. Mais sa voix était plus suave 
que le miel agreste, qui tombe goutte à goutte des arbres, et sa
peau plus douce que le duvet.

Rudyard Kipling

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