Petite chronique ordinaire de celle qui s'est fait voler son sac dans la journée...

Un petit mot pour toi, ce soir, toi le gars qui m'as chouravé mon sac à main aujourd'hui... ok, on avait fait la bêtise de laisser la porte ouverte, mais il fait tellement chaud sur un chantier avec 40 degrés dehors... Tu n'étais pas obligé d'entrer et de te servir, comme ça, comme... un voleur! Si tu avais besoin d'argent, mon gars, t'aurais pu nous demander. On n'a pas l'habitude de refuser à ceux qui nous demandent... on aurait pu parler, même, tu nous aurais raconté ta vie, j'imagine qu'elle ne doit pas être très folichonne pour vivre ainsi. Tu sais, mon sac, c'est pas franchement de la grande marque, et il était pas mal usé. Je ne sais pas trop ce que tu en tireras. Moi, il me rappelait un cadeau, fait avec amour. À l'intérieur, un portefeuille, quelques billets, jamais grand chose sur moi... Je suis mal à l'aise que tu aies ma trombine en photo sur ma carte d'identité, d'autant plus que j'en suis réduite à t'imaginer, moi, car évidemment tu as su ne pas te faire voir... Je me demande ce que tu vas faire de la carte de cantine... Ce serait marrant de te voir débarquer un jour au collège... Pour mes ( nombreuses) cartes de fidélité, n'hésite pas à t'en servir, qu'elles puissent au moins me rapporter des points, pourquoi pas même des bons d'achat, je pense que tu me dois bien ça, non? Pour mon pass éducation, tu as de bonnes réductions dans les musées. Je pensais m'en servir bientôt pour l'expo Nicolas de Staël à Aix... N'hésite pas à en profiter pour aller au musée, toi aussi. J'aimerais que tu sois touché par la grâce de l'art. C'est des grands mots, tout ça, je sais, et t'en as probablement rien à faire, mais peut être que si on t'avait mené au musée enfant... Ma carte bleue, bon, désolée mon p'tit gars, mais j'ai fait opposition avant que tu n'aies eu le temps de t'en servir... Tous mes papiers officiels, j'espère que tu auras la décence de ne pas t'en servir... Tu sais que t'abuses, quand même, Bonhomme, parce qu'à une semaine de mon déménagement, j'avais vraiment autre chose à faire que passer l'aprem au commissariat et j'imagine même pas le temps à venir pour tout refaire. Et puis, à tant qu'à faire d'entrer chez nous, t'aurais pu casser une vitre, histoire que l'assurance nous aide un peu... Ce soir, j'ai le coeur gros, tu vois... Je me répète que ce n'est que du matériel, que l'essentiel n'est pas là, mais si tu veux le fond de ma pensée ( dont tu n'as probablement rien à f...), ce soir je suis quand même bien en colère contre toi. Alors je t'écris ces quelques mots pour te rendre plus humain, pour me dire que ces quelques sous volés, ce n'est pas pour du chite, ni pour te saouler jusqu'au bout de la nuit pour oublier, mais parce que tu as une famille à nourrir, des enfants que tu ne sais pas comment habiller... et je les imagine, et je m'apaise... Bonne route, mon gars, mais je t'en prie, frappe à la porte, la prochaine fois!