Je ne connais d'endroit plus frustrant qu'une bibliothèque... On va, on erre, on hume, on feuillette, on hésite, on pose, on reprend, le regard glisse vers l'étagère suivante et la frénésie reprend... Toutes ces pages qui attendent d'être lues, tous ces livres qui nous tendent les bras... Car enfin il nous faut bien faire un choix et si on sait qu'on reviendra, la semaine suivante,  l'impossibilité de tout saisir nous  conduit à l'inéluctable brièveté de la  vie humaine... 

Alors voici quelques-uns de ces derniers choix de lecture!

 

La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

Le roman retrace la trajectoire de la gymnaste Nadia Comaneci, depuis les JO de 1976 à Montréal, où elle a été consacrée plus jeune championne de tous les temps, jusqu'à son arrivée et installation aux Etats-Unis en 1989. En parallèle, le livre parle de la Roumanie et des années de communisme, en alternant récit, réflexions et entretiens avec Nadia au fur et à mesure de l'écriture du roman. Un texte très fort.

"Elle congédie l'enfance et réécrit l'espace de ses mains effilées, passe comme un fil de soie et dessine du pied un grand soleil renversé, l'envoûtement s'invite au travers de leurs flashs, elle sera l'intouchable." (p.187)

Trois fois dès l'aube  de A. Baricco

Trois nouvelles se suivent et s'entrelacent avec comme point commun de se dérouler à l'aube. Dans la première nouvelle un homme et une femme dans un hall d'hôtel: que font-ils là? Où leur discussion peut-elle les mener? Dans la deuxième, un portier d'hôtel aide une jeune femme à échapper à la violence de son compagnon. Les confidences commencent, étonnantes. Enfin, dans la dernière, un enfant, témoin de l'incendie de la maison familiale, est recueilli par une inspectrice de police qui l'emmène en voiture, mais vers où? De son écriture ciselée et précise, Baricco crée des mini-univers,  des éclaircies dans des histoires qui semblent continuer sans nous.

" Alors la femme se tourna vers lui et vit ce visage qu'elle avait vu tant de fois, les dents de travers, les yeux clairs, les lèvres d'enfant, ces cheveux ébouriffés. Elle mit un peu de temps avant de dire quelque chose. Elle pensait à la mystérieuse permanence de l'amour, dans le tourbillon incessant de la vie." (p.121)

L'arbre du pays Toraja  de Philippe Claudel

A la suite du décès de son meilleur ami, Philippe Claudel nous livre ses réflexions et pensées sur la vie, la mort, l'amitié, l'amour. Se mêle à ces considérations, le récit de sa vie sentimentale, entre son ex-femme et une énigmatique jeune fille qu'il regarde par la fenêtre. Pas mon roman préféré de cet auteur, mais Claudel est décidément un de nos très grands!

"Parfois on écrit dans son cerveau mieux que nulle part ailleurs." (p.13)

" La littérature est un cabri que ne retient aucun licol. Elle peut tout et c'est le plus libre des arts." (p.28)

5,90 euros de F. Beigbeder

La vie sexuelle et sentimentale d'un publicitaire reconnu; ses frasques, son degoût de lui-même et la vie qui continue quand même. Je ne peux pas dire avoir été emballée par le roman, assez répétitif, mais en revanche sa réflexion sur la publicité et son univers est passionnante.

"  Le marketing est une perversion de la démocratie." (p.40)