J'ai eu la grande chance, cet été, de pouvoir passer beaucoup de temps à bouquiner! Si vous cherchez des idées de lectures, voici quelques titres qui m'ont  particulièrement marquée.

L'immeuble Yacoubian de Alla El Aswany

Le narrateur raconte le destin croisé d'une dizaine d'occupants de l'immeuble Yacoubian et brosse ainsi, en filigrane, le portrait d'une Egypte plurielle et en pleine mutation. On y voit aussi la montée des intégrismes religieux et l'auteur tente, par le biais de la petite histoire des destins individuels, de comprendre un peu mieux la grande histoire.

Extrait: "Il faudrait être un artiste de grand talent pour peindre le visage d'une femme de la terrasse, le vendredi matin, quand son mari descend prier et qu'elle se lave des traces de l'amour, puis sort sur la terrasse pour étendre les draps qu'elle vient de nettoyer. A ce moment-là, avec ses cheveux humides, sa peau éclatante, son regard serein, elle apparaît comme une rose mouillée par la rosée du matin qui vient de s'ouvrir et de s'épanouir". (p.25)

Ravel de Jean Echenoz

Le roman raconte les dix dernières années de la vie du compositeur Ravel. Echenonz possède toujours ce style remarquable et inimitable, cette écriture à la fois distanciée et précise. Mais ce n'est pas, pour moi, son meilleur roman.

Extrait: " Voilà: il est en train de composer quelque chose qui relève du travail à la chaîne. (...) Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, voilà au moins, dit-il un morceaux que les orchestres du dimanche n'auront pas le front d'inscrire à leur programme. (...) Tu vois, lui dit Ravel, c'est là l'usine du Boléro" (p.79)

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

Dans un petit village des Pouilles, Montepuccio, la famille Scorta, par ses origines scandaleuses, vit au ban de la société et se construit autour de l'amour de la famille et d'un lourd secret qui se transmet de génération en génération. Rocco et ses enfants, Doménico, Giuseppe et Carmela, vont bâtir une dynastie, sans jamais beaucoup d'argent, dans une vie rude, éclairée de rares moments de fête et de lumière. Un roman solaire, captivant, à l'écriture magistrale. C'est mon coup de coeur absolu de l'été!

Extrait: "La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s'était évanoui. La pierre gémissait de douleur. (...) Il était deux heures de l'après-midi, et la terre était condamnée à brûler. Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. (...) Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointures sur lesquelles ses sabots s'abimaient. Il avançait. Et son cavalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique." (p.11)