Les noisettes de ma précédente recette (Bouchées marcocaines aux noisettes) m'ont fait penser à ce roman de Robert Sabatier que j'avais dévoré enfant: "Les noisettes sauvages". Il s'agit de la suite des "Allumettes suédoises", formidable récit qui met en scène le jeune Olivier, dans le Montmartre populaire et coloré des années 30. Dans "Les noisettes sauvages", Olivier part en Auvergne, retrouver ses racines familiales. Là-bas, il est l'érudit, le parisien. Il va alors découvrir la richesse et la force de ceux qui ne sont pas allés longtemps à l'école, mais savent se servir de leurs mains et de leur coeur...

Les noisettes sauvages

"Un matin où sa jambe lui faisait plus mal qu'à l'ordinaire, le pépé troqua à regret ses énormes esclops (sabots) contre de grosses pantoufles à triple semelle de feutre. Gagné par la mélancolie, il fit à Olivier ses confidences que l'enfant n'oublierait jamais et qui marqueraient sa vie future :

- Tu vois, petit, je suis le premier des Escoulas à avoir su lire et écrire, le premier !

- Avant, on ne savait pas ? Comment on faisait ?

- Les nouvelles venaient par la bouche et la bouche n'est pas toujours fidèle. Dans notre famille, aussi loin que tu remontes dans le temps, tu trouves des travailleurs, des charpentiers, des forgerons comme mon propre père et mon grand-père, des bouviers, des tâcherons. Moi, le désir d'apprendre m'a tenaillé quand j'avais seize ans. Une sorte de honte qui m'a pris. Je me sentais comme une bête, je devenais hargneux, je me cachais pour pleurer comme une madeleine. A l'époque, pour subsister, on travaillait de cinq heures du matin à dix heures du soir comme des esclaves. On se nourrissait de soupe, d'un peu de lard le dimanche..."

Robert Sabatier, "Les noisettes sauvages"